L’article en bref
La France dispose du patrimoine cynégétique le plus riche d’Europe avec environ 90 espèces chassables réparties en 40 modes de chasse distincts.
- Richesse exceptionnelle : 90 espèces chassables en France contre une moyenne européenne bien inférieure, grâce à quatre régions biogéographiques et des couloirs migratoires majeurs
- Grand gibier diversifié : cerf, chevreuil, sanglier, chamois, mouflon et autres, avec le sanglier dominant à 150 % d’accroissement annuel
- Petit gibier et oiseaux : 65 espèces d’oiseaux chassables incluant faisans, perdrix, bécasses, grives, canards et oies selon les saisons
- Cadre légal strict : l’arrêté du 26 juin 1987 détermine les espèces autorisées, avec amendes jusqu’à 1 500 euros pour infractions
- Gestion adaptative : le Comité d’experts (Cega) ajuste régulièrement les listes selon données démographiques et conservation
La France détient un record peu connu : avec environ 90 espèces chassables, elle affiche la liste la plus longue de toute l’Union européenne. Pour les oiseaux seuls, la moyenne européenne plafonne à 39 espèces, tandis que la France en compte 65 en métropole. Autrement dit, quand un Allemand ou un Espagnol sort avec son fusil, il chasse sur une palette bien plus réduite que nous. Cette richesse tient à la géographie unique du pays : quatre régions biogéographiques (atlantique, alpine, continentale et méditerranéenne) et des couloirs migratoires parmi les plus fréquentés d’Europe. Résultat : 40 modes de chasse distincts, un patrimoine culturel qu’on ne trouve nulle part ailleurs.
La liste des espèces chassables en France : ce que dit la loi
Tout part d’un texte réglementaire précis : l’arrêté du 26 juin 1987, régulièrement mis à jour. Seules les espèces qui y figurent peuvent être chassées légalement. Pas de place à l’interprétation. Si une bête ne figure pas dans cet arrêté, elle est protégée, point final. Et les sanctions ne rigolent pas : une infraction coûte jusqu’à 1 500 euros d’amende, portée à 3 000 euros en cas de récidive.
Je le répète souvent à mes clients qui achètent leur premier fusil de chasse : connaître les espèces autorisées, c’est aussi notable que de savoir manier l’arme correctement. Un mauvais tir sur une espèce protégée, et c’est l’amende assurée, voire pire.
Grand gibier et petit gibier de plaine
Le grand gibier comprend le cerf, le chevreuil, le chamois, l’isard, le mouflon, le sanglier, le daim et le cerf sika. Le chevreuil mérite qu’on s’y attarde : c’est remarquablement le plus compact cervidé de France, 60 à 70 cm au garrot pour 18 à 30 kg. Son rut se déroule du 15 juillet au 15 août, sa gestation dure 9 mois et demi, et la mise bas en mai donne régulièrement 2 faons. La population croît de 30 à 35 % par an, ce qui explique pourquoi il reste chassable sans problème de conservation.
Le sanglier, lui, c’est la star absolue. Le mâle peut dépasser 200 kg, la laie atteint 120 kg. Avec une gestation de 3 mois, 3 semaines et 3 jours, et des portées de 2 à 10 marcassins, l’accroissement annuel de la population peut atteindre 150 %. Voilà pourquoi la battue reste le mode de chasse le plus pratiqué en France. Du côté du petit gibier de plaine, on retrouve le faisan commun, la perdrix grise, la perdrix rouge, le lièvre brun et le lapin de garenne.
Oiseaux de passage et gibier d’eau
Parmi les oiseaux de passage chassables, figurent l’alouette des champs, la bécasse des bois, la caille des blés, les quatre espèces de grives (draine, litorne, mauvis, musicienne), le merle noir et plusieurs pigeons. La tourterelle des bois y figure aussi, même si son statut fait régulièrement débat.
Pour le gibier d’eau, la liste est longue : canard colvert, canard chipeau, canard siffleur, canard souchet, sarcelles d’été et d’hiver, plusieurs fuligules, oies cendrée, des moissons et rieuse, foulque macroule, poule d’eau et râle d’eau. Si vous tirez un lièvre au fusil, les principes de tir à courte distance s’appliquent d’ailleurs aussi sur certains de ces oiseaux rasants.
| Catégorie | Exemples d’espèces | Mode de chasse principal |
|---|---|---|
| Vaste gibier | Sanglier, chevreuil, cerf | Battue, approche, affût |
| Modeste gibier de plaine | Perdrix, faisan, lièvre | Chasse devant soi, chiens d’arrêt |
| Gibier d’eau | Canard colvert, sarcelles, oies | Affût, chasse de nuit (27 dép.) |
| Oiseaux de passage | Bécasse, grives, alouette | Passée, palombière |
| Limicoles | Bécassine, vanneau, pluvier doré | À pied, en marais |
Petit gibier de montagne, limicoles et corvidés
En montagne, la liste inclut la gélinotte, le lagopède alpin, le lièvre variable, la marmotte, la perdrix bartavelle et le tétras lyre. Ce dernier est présent dans 9 départements français mais chassable dans seulement 7 : le Var et les Ardennes ont interdit sa chasse localement. Le Grand Tétras, lui, fait l’objet d’un moratoire de 5 ans décidé par le Conseil d’État le 1er juin 2022, après des années de débat sur ses populations dans les Pyrénées.
Les limicoles chassables comprennent la bécassine des marais, la bécassine sourde, le vanneau huppé, le pluvier doré, le pluvier argenté et plusieurs chevaliers. L’exemple du vanneau huppé est intéressant : classé vulnérable par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), il reste chassable car des études scientifiques ont démontré que les prélèvements n’influencent pas la dynamique de ses populations. En revanche, la barge à queue noire et le courlis cendré ont été retirés de la liste en raison de leur état préoccupant. Les corvidés chassables, eux, regroupent le corbeau freux, la corneille noire, le geai des chênes et la pie bavarde.
Gestion adaptative et réglementation : comment la liste évolue
La liste des espèces chassables n’est pas gravée dans le marbre. Le Comité d’experts sur la gestion adaptative (Cega) analyse régulièrement les données démographiques pour ajuster les prélèvements. Les quotas, définis dans le cadre du plan de chasse et du schéma départemental de gestion cynégétique, permettent d’adapter les prises aux réalités du terrain. Chaque ongulé abattu porte d’ailleurs un bracelet nominatif.
Un préfet peut aussi restreindre localement la chasse d’une espèce pour permettre la reconstitution des populations. L’Office français de la biodiversité (OFB) et la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) publient chaque année un bilan des prélèvements, s’appuyant sur des données collectées depuis 1973 par les Fédérations Départementales des Chasseurs.
La chasse de nuit mérite une mention particulière : autorisée dans 27 départements, principalement côtiers mais aussi dans le Nord et l’Est de la France, elle obéit à des règles strictes. Les installations doivent dater d’avant le 1er janvier 2000 pour être reconnues. C’est un mode de chasse captivant, que j’ai eu l’occasion d’observer dans le marais poitevin : une patience et une discrétion totales, bien loin de l’image qu’on s’en fait.
Pour les prédateurs terrestres comme le renard roux, la fouine, la martre ou la belette, ainsi que des espèces invasives comme le raton laveur, le vison d’Amérique ou le ragondin, la chasse reste ouverte. Certaines figurent aussi parmi les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, aux côtés de l’oie bernache du Canada et du rat musqué. La Commission européenne, via son comité scientifique NADEG, surveille les statuts de conservation à l’échelle continentale, tandis que l’UICN assure le suivi mondial.
Sources : wiki des armes



